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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 17:57

Le diagnostic de la submersion vitale est toujours difficile à mettre en évidence pour la médecine légale aussi bien pour un cadavre récent, que bien évidemment pour un corps putréfié et mutilé. Les scientifiques ont recherché depuis le début du XXème siècle d'autres méthodes que celles que nous avons déjà évoquées pour, soit affirmer la noyade par inhalation d'eau, soit apporter des arguments supplémentaires au médecin légiste pour appuyer son diagnostic.

 

Les travaux ont porté sur la recherche d'indicateurs caractéristiques du passage de l'eau dans l'organisme et tout particulièrement dans le système sanguin du fait du principe de l'osmose que nous avons expliqué dans un précédent article. Ainsi, 2 marqueurs ont retenu l'intérêt de la médecine légale, le premier est une algue microscopique présente dans tous les types de milieux aquatiques appelée Diatomées et le second est un métal naturel qui est présent dans les sols, dans l'air mais aussi dans l'eau et tout particulièrement dans la mer, le strontium.

 

Tout d'abord, les diatomées sont des algues microscopiques unicellulaires, composant principal du plancton, leurs tailles varies de quelques microns à presque 1 mm pour certaines espèces. Elles sont présentes dans tous les milieux aquatiques, aussi bien dans les océans que dans les eaux douces courantes ou stagnantes et les sols humides, à l'exception des plus chaudes et des plus salées. Il existe de très nombreuses espèces de diatomées qui vivent isolément ou en colonies, en suspension dans l'eau, fixées à des supports immergés ou déposées au fond.

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Ces algues sont très sensibles aux variations saisonnières, à la température, à l'intensité lumineuse, à la pollution, aux caractéristiques hydrauliques et nutritionnelles du milieu qu'elles colonisent. Cela peut avoir comme incidence de ne pas retrouver la même espèce entre deux points distants de quelques mètres seulement d'un même cours d'eau, ni au même endroit à deux périodes différentes de l'année.

 

L'intérêt de cette algue en médecine légale, c'est la particularité qu'elle présente un squelette constitué de silice, ce qui rend les diatomées résistantes aux acides, à la chaleur mais aussi à la putréfaction. En cas de noyade, les diatomées sont inhalées en même temps que l'eau envahit les voies respiratoires et les poumons. Par osmose, l'eau avec les diatomées pénètrent le système sanguin, et de là se diffusent dans les différents organes comme le foie, les reins, le cerveau et jusqu'à la moelle osseuse, d'où l'utilité de cette méthode dans le cas d'un corps putréfié.

 

Il existe néanmoins un débat sur l'intérêt des diatomées dans le diagnostic médico-légal de la submersion, du fait de la découverte de cette algue dans les échantillons d'organes de personnes n'étant pas décédées de noyade. Il semble donc exister des faux positifs et des sources de contamination. En effet, il est possible au quotidien d'ingérer ou d'inhaler des diatomées, par exemple dans la nourriture avec des coquillages, ou bien par contamination passive lors de l'autopsie avec la possibilité de souiller les organes internes avec l'eau d'immersion présent sur la surface du corps. Pour que cette technique puisse être recevable, il est important que l'analyse médico-légale des diatomées soit à la fois comparative, quantitative et qualitative :

 

  • Comparative : Les espèces retrouvées et identifiées dans les tissus de la victime doivent correspondre à celles présentes dans l'eau de submersion.

  • Quantitative : Il est indispensable d'identifier un nombre minimum de diatomées par prélèvement au delà duquel l'analyse pourra être considérée comme fortement représentative de la noyade et ainsi réduire tous risques de faux positifs ou de contamination. La norme reconnue par l'ensemble des experts dans ce domaine pour conclure à une noyade asphyxique est de retrouver plus de 20 diatomées dans 10 ou 2 grammes de tissu pulmonaire selon la méthode utilisée par le laboratoire et plus de 5 diatomées dans 10 ou 2 grammes provenant des autres tissus (rein, foie, cerveau, moelle osseuse).

  • Qualitative : Il est très important que les prélèvements d'échantillons d'eaux réalisés sur les lieux de la découverte de cadavre ainsi que ceux des tissus lors de l'autopsie suivent rigoureusement les protocoles établis par les différents laboratoires d'analyses ou de police scientifique. Globalement, la méthodologie consiste sur les lieux de la découverte à réaliser 2 prélèvements d'eaux, l'un en surface et l'autre en profondeur et de renouveler cette opération en amont du cours d'eau, si possible sur le site supposé de précipitation de la victime. A l'autopsie, les prélèvements comprendront des blocs de tissus (entre 10 et 50 grammes environ) de poumons, rein, foie, cerveau et un os long entier (fémur) et devront être réalisés et conditionnés par le médecin légiste à l'aide d'instruments et de récipients lavés à l'eau distillée pour éviter toute contamination.

     

Cette méthode a des limites : elle ne peut être employée dans les hypothèses de noyades survenues dans de l'eau distribuée par les réseaux urbains (baignoire, piscine). Le traitement et la présence de filtres empêchent la colonisation de cette eau par les diatomées qui en sont, soit absentes, soit dans des proportions non significatives pour le diagnostic de la noyade. De même, cette technique semble moins appropriée à la noyade en eau de mer. En effet, le phénomène osmotique typique à ce milieu a pour conséquence par rapport à l'eau douce, de ne pas, ou de peu pénétrer le système sanguin et donc ne pas diffuser les diatomées dans les différents organes. Le professeur LUDES auteur du livre « Diatomées et médecine légale » interrogé sur cette question précise, nous a fait la réponse suivante « Le principe de l'osmose est certes un phénomène important mais il n'empêche pas la pénétration des diatomées dans les tissus. La négativité fréquente des analyses des tissus des noyés en mer est principalement due à la faible concentration en diatomées dans cette eau, tout particulièrement celle du large. Nous avons bien eu des cas de noyade en mer avec des résultats positifs dans les tissus». ----

Il est donc néanmoins préférable de réaliser cet examen en eau de mer, même si les résultats sont très souvent négatifs. De plus, les enquêteurs ne peuvent écarter la possibilité du déplacement du corps d'un cours d'eau douce vers la mer.

 

La recherche de diatomées dans les découvertes de cadavres en milieu hydrique devrait être réalisée de manière automatique et tout particulièrement sur les corps en putréfaction. Une présence significative de cette algue de la même espèce, aussi bien dans les différents organes analysés et principalement dans la moelle osseuse qui est un tissu particulièrement bien protégé des contaminations, que dans les échantillons de l'eau de submersion, est un élément très significatif d'une vraie noyade malgré l'existence de quelques controverses et permet, en outre de confirmer la localisation de la noyade.Ce constat accroît l'importance de la qualité des prélèvements aussi bien sur le terrain que lors de l'autopsie afin d'éviter toutes sources de contamination et de contestation quant aux résultats des analyses. La négativité des analyses n'exclue pas la noyade des hypothèses des causes de la mort car la quantité de diatomées dans l'eau peut varier d'un jour sur l'autre et même parfois d'une heure sur l'autre en fonction des conditions climatiques.

 

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Published by noyade-criminalistique - dans MEDECINE LEGALE
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  • : Dans le cadre d'un Master en criminalistique, j'ai rédigé un mémoire sur le thème de la noyade et de son diagnostic médico-légal. Ce petit blog sans prétention et une manière pour moi de vous faire partager mon travail dans ce domaine, afin qu'il puisse continuer à vivre et exister à l'issue de la soutenance.
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