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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 17:49

La plupart des signes décrits précédemment peuvent se retrouver chez des personnes décédées d'autres causes que la noyade vitale et ne suffisent donc pas au médecin légiste pour se prononcer sans ambiguïté sur les circonstances de la mort, malgré le contexte hydrique de la découverte du cadavre. De plus, selon l'état de putréfaction du corps, tous ces signes pourront avoir totalement disparus. Le médecin légiste va donc procéder lors de l'autopsie à divers prélèvements tissulaires, d'organes, de fluides (sang, urine, bile …) et demander des analyses scientifiques pour compléter et étayer son expertise visuelle.


Ces analyses auront soit un intérêt général, pour comprendre ou exclure des causes de décès (alcool, drogue, médicament, recherche de tumeurs et maladies, malformation, estimation du délai post-mortem, expertise d'une lésion …. ), soit un intérêt particulier lié à la submersion (diatomées, strontium, étude microscopique des poumons … ), ou bien un intérêt d'identification de la victime. 

 

Les expertises toxicologiques : Les prélèvements porteront principalement sur le sang, l'urine, la bile, le contenu gastrique ou bien même les cheveux, les poils en fonction de l'état du corps, la putréfaction faisant disparaître partiellement ou en totalité les fluides corporels. Le but de ces analyses est de connaître au moment de la mort ou dans un temps proche, l'état d'imprégnation d'alcool, de stupéfiants, de médicaments …. de la victime. Ces résultats pourront évaluer son état de vigilance au moment du décès et ainsi orienter le médecin légiste et les enquêteurs en privilégiant une hypothèse accidentelle, suicidaire ou criminelle. Ce type d'analyse ne permet pas de mettre en évidence un élément spécifique de la noyade mais elle peut amener à comprendre les circonstances de la noyade par une absorption excessive d'alcool ou d'un produit stupéfiant, par exemple.

Dans le cadre d'un cadavre putréfié, certains laboratoires peuvent effectuer des recherches à partir de fragments d'organes, voire de muscles. Ces expertises ont des limites, elles sont uniquement qualitative, c'est à dire qu'elles peuvent montrer la présence de produits médicamenteux, stupéfiants ou toxiques sans toutefois les quantifier. Il est donc impossible, d'imputer l'hypothèse du décès à la présence d'une ou plusieurs substances, puisqu'elles ne peuvent être dosées.

 

Les Méthodes biochimiques : Il s'agit de diverses méthodes qui visent à caractériser le passage dans l'organisme, plus particulièrement dans le sang d'un élément naturel présent en abondance dans l'eau ou de mettre en évidence des perturbations liées au phénomène de l'osmose (hémodilution en eau douce et hémoconcentration en eau de mer). Pour notre étude, nous retiendrons la méthode qui est la plus couramment employée, « le dosage du strontium » élément considéré actuellement comme le marqueur biochimique de référence caractérisant la noyade vitale et tout particulièrement dans l'eau de mer où cet élément est présent en forte concentration. Le médecin légiste ne pourra s'appuyer sur cette technique que sur un sujet frais, moins d'une semaine environ, la putréfaction détruisant toutes les preuves du passage du strontium dans la circulation sanguine. De plus, comme nous l'avons précisé dans la paragraphe consacré au strontium, l'interprétation du dosage de ce marqueur pour qu'il soit décisif dans le diagnostic devra être confronté à la concentration de ce métal dans l'eau de submersion, notamment dans l'eau douce ainsi qu'à l'environnement alimentaire et médical de la victime (traitement de l'ostéoporose). Pour les besoins de cette analyse, le médecin légiste procédera à trois prélèvements de sang (cœur droit, cœur gauche et périphérique) et si possible en double pour une éventuelle contre analyse.

Les examens histologiques ou anatomopathologiques : Ces examens sont basés sur l'étude macroscopique et microscopique des tissus biologiques et des cellules qui les composent afin d'y découvrirent d'éventuelles anomalies. Pour cela, le médecin légiste prélève des organes en intégralité ou des fragments de quelques grammes qu'il devra placer dans une solution de formol afin de supprimer toute activité de l'organe et ainsi le fixer dans un état proche duquel il se trouvait au moment de la mort. En laboratoire, les prélèvements sont ensuite recouverts de paraffine puis coupés en fines lamelles de quelques microns pour y être observés sous microscope.

Dans le cadre de la noyade, ces analyses ont trois objectifs :

 

- Le premier est directement lié à la noyade. Le praticien va observer sur les poumons l'état morphologique des alvéoles pulmonaires (échanges gazeux entre l'air et le sang) qui peuvent être rompues ou dilatées à la suite de l'inhalation du liquide dans les poumons ainsi que les traces d'un œdème pulmonaire. Lorsqu'ils sont présents, se sont deux signes positifs de la noyade vitale, sans en être exclusif, sachant qu'il existe de nombreuses causes pouvant amener à cette même observation, notamment d'autres types d'asphyxie.

 

- Le deuxième est la recherche sur l'ensemble des prélèvements d'informations complémentaires, telles que des lésions, traumatismes, altération et pathologie non spécifiques de la noyade afin de pouvoir éliminer d'autres causes possibles de décès que la submersion asphyxique (Preuves négatives ou d'exclusion).

 

- Le troisième est l'étude des éventuelles lésions (plaies, amputations …) présentes sur le corps que le médecin légiste pourra en fonction de l'état du cadavre avoir du mal à interpréter (plaie par arme blanche ou acte d'un rongeur) ou à évaluer dans le temps (ante ou post-mortem). Au moindre doute, le praticien procédera à un prélèvement de la lésion pour tenter de déterminer son origine et si elle a été occasionnée du vivant de la victime (caractère hémorragique).

 

Classiquement, le médecin légiste procède à des prélèvements de poumons, rate, rein, foie qui peuvent être complétés selon les cas par le cœur, l'encéphale, le pancréas. Ces examens sont malheureusement impossibles dans le cas d'un corps putréfié.

Dans le cadre de la noyade, il n'existe en histologie aucune lésion caractéristique de cette mort. Lorsque l'anatomopathologiste constate un poumon œdémateux, plus ou moins hémorragique avec des alvéoles pulmonaires rompues ou dilatées et qu'il n'a découvert aucune preuve positive d'une autre cause ou pathologie, alors, il indique que les signes observés sont compatibles avec une submersion vitale par rapport au contexte .

 

Les diatomées ou méthodes limnologiques : Les diatomées, algues microscopiques présentes dans tous les milieux aquatiques sont des marqueurs biologiques très intéressant de la noyade et tout particulièrement dans le cas d'un corps putréfié ou il reste l'unique signe positif pouvant aider le médecin légiste à se prononcer sur les causes de la mort. En effet, à la différence des autres marqueurs connus et maîtrisés par les scientifiques, les diatomées vont se répandre dans les différents organes lors de leur passage dans le système sanguin, et cela jusqu'à la moelle osseuse qui les protégera de la putréfaction. Même si cette méthode est moins performante dans les cas de noyade en eau de mer où la concentration de ces algues est beaucoup plus faible que dans l'eau douce, elle ne doit pas être écartée pour autant car le corps peut avoir été rejeté à la mer après une immersion en eau douce. Toutefois, cette expertise ne donnera aucun élément en cas de décès dans une eau d'adduction urbaine car celle-ci est très pauvre en diatomées du fait de son traitement. Pour que cette méthode ne souffre d'aucune contestation, le médecin légiste doit, lors de l'autopsie, suivre rigoureusement le protocole de prélèvement des différents organes afin qu'ils ne soient pas souillés par l'eau d'immersion présente à l'extérieur du corps (peau et vêtement). Les instruments de dissection et les gants devront être changés après chaque prélèvement. Dans la mesure du possible et selon l'état du corps, les échantillons tissulaires, d'environ une dizaine de grammes au minimum chacun porteront sur le poumon, les reins, foie, rate, encéphale, cœur et moelle osseuse issue si possible d'un os long comme le fémur. Ils seront conditionnés séparément dans des récipients secs sans conservateur, pour être acheminés rapidement vers un laboratoire à une température de +4°C ou congelés. Pour les diatomées, le diagnostic de la noyade repose sur l'analyse qualitative, quantitative et comparative de cette algue dans les échantillons de tissus ainsi que dans l'eau d'immersion.

 

L'identification : Dans le cadre d'un cadavre de noyé et tout particulièrement devenu méconnaissable par la putréfaction, les enquêteurs ainsi que le médecin légiste pourront être confrontés à une difficulté supplémentaire, celle de l'identification formelle de la victime.

L'autopsie devra donc s'attacher à recueillir un maximum de renseignements ou de prélèvements pour permettre cette identification :

■ Inventaire et description détaillés des effets vestimentaires, objets et documents découverts sur le corps ;

■ Radiologie ou scanner (présence et identification de prothèses, fractures, opérations chirurgicales … ) ;

■ Critère anthropologique (sexe, âge, taille, ethnie, morphologie … ) ;

■ Tatouage, cicatrice … ;

■ Examen ou comparaison odontologique (déterminer les caractéristiques d'un individu à partir de ses dents ou effectuer une comparaison avec le dossier dentaire d'une victime supposée) ;

■ Comparaison des empreintes digitales et palmaires dans le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED)pour les personnes connues des services de police et de gendarmerie ;

■ L'ADN (Acide Désoxyribo Nucléique) soit par comparaison avec un membre de la famille de la victime ou bien avec l'ADN de la victime supposée (brosse à dents, à cheveux, vêtements …), ou encore par comparaison dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG).

En fonction de l'état du cadavre et des éléments d'enquête, le médecin légiste pourra donc être amené à procéder à divers prélèvements, comme par exemple du muscle (ADN), l'amputation des deux mains (empreintes digitales), dépose des maxillaires (odontologie), prélèvement de peau (reconstitution d'un tatouage) et autres ….

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Published by noyade-criminalistique - dans MEDECINE LEGALE
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  • : Dans le cadre d'un Master en criminalistique, j'ai rédigé un mémoire sur le thème de la noyade et de son diagnostic médico-légal. Ce petit blog sans prétention et une manière pour moi de vous faire partager mon travail dans ce domaine, afin qu'il puisse continuer à vivre et exister à l'issue de la soutenance.
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