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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 07:30

Autre indicateur caractéristique du séjour d'un corps dans l'eau, le strontium est un métal dit « alcalino-terreux » qui désigne les métaux qui résistent au feu. Il est naturellement présent dans les sols et dans les composants de certains minerais. Il est utilisé dans l'industrie, sous forme de sel pour la fabrication de produits pyrotechniques ou revêtements anti-corrosifs par exemple, ainsi que dans certains médicaments (traitement de l'ostéoporose*). On trouve également des particules de strontium dans l'air mais aussi dans l'eau. En effet, plusieurs de ses composés sont très solubles et se retrouvent donc facilement en suspension dans l'eau ou dans les sédiments, tout particulièrement dans la mer. Il est considéré comme un marqueur de pollution de l'environnement.

STRONTIUM.png

            Strontium conservé sous argon

 

 

Le strontium n'existe pas naturellement dans l'organisme, mais de faibles concentrations sont retrouvées dans tous les êtres vivants. Cette présence a principalement une origine alimentaire, issue essentiellement de la consommation de produits de la mer (coquillages, poissons) ou provenant d'eaux de sources fortement minéralisées, mais aussi médicamenteuse. Le corps humain a une concentration de strontium bien moindre que dans le milieu naturel et notamment les eaux.

 

D'où l'idée pour les scientifiques d'utiliser le strontium comme un marqueur possible du passage de l'eau dans le système sanguin. Le principe étant que lors de la phase d'inondation des voies aériennes et des poumons, les particules de strontium présentes dans l'eau passent dans le système sanguin selon le principe de l'osmose et augmentent le taux de concentration de ce métal normalement trouvé dans le corps humain. Une élévation significative du dosage du strontium dans le sang serait de nature à prouver le passage de l'eau dans les poumons et donc une excellente référence pour le diagnostic de la noyade.

 

Cependant, les études montrent de très grandes variations de concentration de strontium dans le milieu naturel hydrique d'un site de prélèvement à un autre. La conséquence est que dans certains cas, le taux de ce marqueur est proche de celui présent dans l'organisme, et donc peu discriminant comme le montre le tableau ci-dessous.

 

 

Nature et site de prélèvement

Teneurs moyenne en Strontium (Sr) en Microgrammes/Litre (µg/l)

Moyenne chez l'être humain

Entre 10 et 60

Eau minérale

Contrex

10900

Médicament

Ranélate de strontium (traitement de l'ostéoporose)

 

9600

Produits d'entretiens

Détergents, détartrants, dentifrice ….

19 000 dans l'eau d'une baignoire suivant le produit de détartrage (source CH Le Havre)

 

 

Eau douce (Cours d'eau)

Isère

860

Seine

200 – 500

Marne

326

Vienne

< 50

 

Eau douce stagnante

Créteil

4120

Étang (Ile de France)

50 – 400

Eau de pluie

< 50

Eau du robinet

Grenoble

680

Paris

243

Piscine

Paris

1384

 

 

Eau de mer

Mer du Nord

3 000 – 8 000

Manche

5000

Méditerranée

29000

Atlantique

3 000 – 9 000

 

Ce tableau permet de mettre en évidence une très forte concentration de strontium dans l'eau de mer, jusqu'à environ 700 fois plus en méditerranée par exemple que dans le corps humain. Mais l'on constate également dans les eaux douces et l'eau du robinet des différences de concentration très notables d'un site à l'autre avec parfois des taux proches de ceux habituellement constatés dans l'organisme humain.

 

 

Les différentes études ont montré que les taux retrouvés chez des victimes non noyées s'échelonnaient entre 17,57 µg/l et 64,27 µg/l. Chez les noyés en eau douce, entre 27,5 µg/l et 452 µg/l et en eau de mer entre 63,68 µg/l et 3 050 µg/l.

 

Par conséquent, cette méthode basée sur la constatation d'une augmentation importante du taux de strontium dans le système sanguin par rapport à la moyenne normalement rencontrée, est plus facilement interprétable lorsque la concentration de ce marqueur est particulièrement élevée dans l'eau de submersion. C'est pourquoi, étant donné la grande variabilité de la teneur de strontium dans les eaux et tout particulièrement dans les eaux douces, il est indispensable de prélever un échantillon du liquide d'immersion du cadavre afin d'en vérifier sa teneur exacte en strontium. Ainsi, selon l'importance de sa concentration et surtout de l'amplitude du contraste avec le taux moyen chez l'humain, le résultat de cette analyse pourra ou non être un indicateur valable de la noyade.

 

Cette technique présente néanmoins certaines limites, :

Elle semble fiable pour les cadavres récents, moins de sept jours, au-delà, elle devient très évasive, voir ininterprétable lorsque le corps est en état de putréfaction ;

Les blessures importantes favorisent la pénétration passive de l'eau dans le corps et donc du strontium dans les organes et dans le sang ;

Une longue agonie favorise l'augmentation du strontium dans le sang cardiaque ;

La prise régulière de certains médicaments à base de strontium, comme le PROTELOS** pour le traitement de l'ostéoporose peut venir perturber le résultat de l'analyse ;

Une alimentation régulière à base de produits de la mer ou de certaines eaux minérales peut entraîner à terme au augmentation du strontium dans le système sanguin au-delà de la moyenne généralement constatée chez l'humain.

 

Le dosage du strontium nécessite d'effectuer sur les lieux de découverte du corps un prélèvement de l'eau de submersion et lors de l'autopsie des prélèvements de sang périphérique et intracardiaque (cœur gauche et droit). Il est intéressant pour le laboratoire de connaître également les habitudes alimentaires et médicamenteuses de la victime.

 

Le strontium sanguin est un très bon indicateur de la noyade en eau de mer, mais son interprétation dans les autres milieux hydriques doit être maniée avec prudence ou du moins systématiquement confrontée à une analyse comparative du l'eau d'immersion. Cette technique ne doit pas se substituer à la recherche des diatomées ou autres méthodes, elle est un élément supplémentaire en faveur de la noyade asphyxique lorsque les résultats sont représentatifs.

 

Les diatomées et le strontium sont considérés comme d'excellents marqueurs en faveur du de la noyade vitale. Lorsque cela est réalisable, ces deux techniques complémentaires l'une de l'autre devraient être systématiquement réalisées pour toutes découvertes de cadavres immergés. Néanmoins, il peut être hasardeux de les apprécier isolément en raison de tous les éléments parasites pouvant venir fausser l'interprétation des résultats. Ces deux méthodes sont des compléments utiles au diagnostic de la noyade à la condition de les placer en perspective avec avec l'ensemble des preuves médico-légales.

 

 

 

L'ostéoporose est une maladie caractérisée par une fragilité excessive du squelette, due à une diminution de la masse osseuse et à l'altération de la micro architecture osseuse.

** PROTELOS est un médicament contenant de la Ranélate de Strontium prescrit pour le traitement de l'ostéoporose chez la femme ménopausée. Ce traitement augmente significativement la concentration sanguine du strontium 

 

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Published by noyade-criminalistique - dans MEDECINE LEGALE
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  • : Dans le cadre d'un Master en criminalistique, j'ai rédigé un mémoire sur le thème de la noyade et de son diagnostic médico-légal. Ce petit blog sans prétention et une manière pour moi de vous faire partager mon travail dans ce domaine, afin qu'il puisse continuer à vivre et exister à l'issue de la soutenance.
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