Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 18:49

 

Comme nous l'avons vu dans les différents articles publiés, le diagnostic de la noyade est difficile à établir. Il faut en effet, que le médecin légiste tente de démontrer l'existence d'une inondation des voies respiratoires en rapport avec l'inhalation du liquide d'immersion.

 

L'examen externe d'un noyé ne suffit pas, les signes éventuellement visibles ne traduisent pour la plupart qu'un séjour plus ou moins prolongé dans l'eau mais ne peuvent suffirent à eux seuls pour établir la noyade. Le champignon de mousse ou la cyanose sont certes importants par rapport au contexte mais ne démontrent que l'existence d'un œdème pulmonaire important ou d'une asphyxie qui sont très évocateurs d'une noyade sans en être spécifiques et leur absence ne permet pas non plus d'en écarter le diagnostic.

 

Affirmer la noyade sur un seul signe est donc impossible. Le médecin légiste doit avoir une approche globale du diagnostic. C'est pourquoi, l'autopsie est indispensable, elle va permettre au praticien de rechercher et d'inventorier tous les signes classiques présents dans un submersion vitale, par l'observation externe et interne du corps, par la réalisation d'expertises microscopiques, biochimiques, biologiques et toxicologiques mais aussi en s'assurant que la victime ne présente pas une pathologie ou de lésions pouvant évoquer une autre cause de mort. C'est seulement en confrontant l'ensemble de ses observations visuelles avec les résultats des diverses analyses et les données de l'enquête que le médecin légiste pourra se prononcer sur les causes de la mort.

La-lecon-d-anatomie-du-DocteurTulp.jpg

La Leçon d'anatomie du Docteur Tulp (Rembrandt)

 

L'autopsie est l'examen médical des cadavres. Le terme vient du grec « le voir de vos propres yeux », c'est une expertise qui est pratiquée par des médecins spécialisés, sur réquisition de l'autorité judiciaire. Elle doit être effectuée selon une technique et une méthodologie rigoureuses, ne laissant aucun organe, aucun tissu sans examen. L'autopsie médico-légale a plusieurs buts :

  • L'identification du cadavre lorsque celui-ci n'a pas été identifié ;

  • L'évaluation du moment de la mort ;

  • Rechercher des causes médicales du décès ;

  • En cas de mort violente, déterminer les causes du décès en développant les arguments en faveur d'un homicide, d'un suicide ou d'un accident ;

  • Procéder à tous les prélèvements pouvant confirmer ou infirmer la cause du décès.

Sans rentrer dans les détails du protocole de l'autopsie, classiquement celle-ci se décompose de la façon suivante :

  • Radiographie ou clichés scanner de la totalité du cadavre à la recherche de corps étrangers, d'éléments d'identification ou de traumatismes comme les fractures ;

     

  • Examen externe du corps en l'état avant et après déshabillage. Le médecin légiste décrit précisément les effets vestimentaires (type, marque, déchirure, orifice … ), vient ensuite un examen complet de la face antérieure et postérieure du corps au cours duquel, il est procédé à une description générale du cadavre (sexe, type ethnique, les signes cadavériques, les éléments putréfactifs ….) puis à une description détaillée de toutes les lésions externes même les plus anciennes en précisant leurs topographies. Cet examen peut être complété de petites incisions de la peau appelées « crevées » qui peuvent permettre de mettre en évidence des ecchymoses et hématomes ante ou péri-mortem (Dans un temps trés proche de la mort) ;

     

  • Dissection du corps qui consiste à son ouverture selon un protocole défini. Elle doit être totale et décrire minutieusement l'ensemble des éléments observés. La boite crânienne, le cou, le thorax, l'abdomen, les viscères sont explorés dans le détail à la recherche de toutes les lésions, blessures, anomalies, tumeurs …. ;

     

  • L'éviscération consiste à extraire du corps l'ensemble des organes. Il existe plusieurs techniques, certains légistes retirent les organes un par un et d'autres par bloc ;

     

  • Dissection des blocs d'éviscération. Cette opération consiste pour le médecin légiste d'observer macroscopiquement (ce que l'on peut observer à l'œil nu) les différents organes en procédant à des découpes soit par tranches ou selon un protocole défini. Comme pour la dissection du corps, cet examen permet au praticien de rechercher toutes traces et indices pouvant orienter, confirmer ou infirmer une cause de décès ;

     

  • Les prélèvements. Au cours de cet examen détaillé, le médecin légiste va procéder à divers prélèvements dont certains sont réalisés de manière systématique sans distinction des circonstances du décès et d'autres le seront en fonction du contexte de découverte du corps. Ils peuvent être à visée :

    Toxicologique (dosage alcool, médicaments, stupéfiants, diabète … ) ;

    Anatomopathologie ou histologique (étude microscopique des tissus et organes pour la recherche de lésions, de tumeurs, de modifications ….) ;

    Génétique (identification d'une victime ou d'un agresseur) ;

    Bactériologie (virus, méningite …) ;

    Biochimique (strontium) ;

    Limnologique (diatomées) ….. .

 

C'est au médecin légiste d'adapter les prélèvements en fonction de ses constatations et des situations. Toutes ces analyses sont indispensables, elles vont permettre de confirmer un diagnostic ou bien de l'écarter, de l'étayer ou de découvrir une cause médicale qui n'avait pu être identifiée auparavant.


Généralement, un technicien et(ou) un enquêteur de la police ou de la gendarmerie assiste le ou les médecins légistes en procédant à de nombreux clichés photographiques de leurs constatations. Afin de garantir une parfaite authenticité et traçabilité, un officier de police judiciaire place sous scellé l'ensemble des prélèvements réalisés et si possible en double exemplaire pour garantir une contre-expertise éventuelle.

Ce qui est important de rappeler, c'est que la noyade vitale est avant tout une asphyxie résultant d'une pénétration d'un liquide dans l'arbre respiratoire et que cette inondation va provoquer chez la victime un ensemble de phénomènes qui va entraîner l'arrêt cardio-respiratoire. En conséquence, le médecin légiste va rechercher lors de l'autopsie des preuves positives d'une asphyxie, d'un séjour dans l'eau ainsi que d'une pénétration significative d'un liquide traumatisant et perturbant l'organisme, tout en s'assurant que tous ces éléments sont indissociables les uns des autres et qu'il n'existe pas une autre cause que la noyade pouvant expliquer ces phénomènes, les preuves négatives.

Les ouvrages ainsi que les médecins légistes consultés font ressortir un certain nombre de signes qui peuvent être observables chez un sujet mort d'une submersion-asphyxique lors de l'examen interne :

  • Présence possible chez le cadavre « frais » d'un champignon de mousse dans les voies aériennes supérieures (signe d'un brassage eau / air) ;

  • Présence possible dans la trachée et les bronches de corps étrangers tels que de la vase, sable ou algues (évocateur d'aspiration dans milieu aquatique) ;

  • Les poumons sont distendus, spongieux, lourds, congestionnés de teinte violacée à noire présentant au niveau de l'enveloppe des poumons (sous pleurales) de nombreux petits points hémorragiques appelés pétéchies ou «tache de Tardieu ». Au touché et à la dissection, on observe un œdème mousseux au niveau de l'arbre respiratoire du poumon (évocateur asphyxie et œdème pulmonaire) ;

  • On observe une congestion générale des viscères (rein, foie, poumons, rate, cœur). Ces organes ont augmenté en poids, ont un aspect foncé et sont gorgés de sang à la coupe (signe d'asphyxie) ;

  • Présence possible d'eau dans l'estomac et (ou) les intestins (évocateur d'un séjour dans l'eau) ;

  • Fluidité du sang cardiaque.

     

Comme pour l'examen de levée de corps, tous les signes que nous venons d'énumérer témoignent seulement d'un séjour dans l'eau, d'un syndrome asphyxique, ou bien d'une pathologie mais ne sont pas spécifiques de la noyade, ils peuvent s'observer dans d'autres circonstances. Le diagnostic de la submersion s'établit par rapport au contexte du lieu de découverte (l'eau), des investigations des enquêteurs et de l'absence de preuves négatives de la noyade (trace de strangulation, absence de signe d'asphyxie, blessure vitale ante-mortem ….). C'est la présence de signes positifs ajoutés à l'absence de signes négatifs qui va permettre au médecin légiste de détenir un faisceau de preuves positives permettant d'évoquer fortement la noyade vitale. Cependant ces signes ne sont observables que chez un cadavre récent, chez le cadavre putréfié, il n'existe aucun élément visible tant à la levée de corps qu'à l'autopsie permettant au médecin légiste à se prononcer sur les causes de la mort.

Partager cet article

Repost 0
Published by noyade-criminalistique - dans MEDECINE LEGALE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : NOYADE - CRIMINALISTIQUE & PREVENTION
  • : Dans le cadre d'un Master en criminalistique, j'ai rédigé un mémoire sur le thème de la noyade et de son diagnostic médico-légal. Ce petit blog sans prétention et une manière pour moi de vous faire partager mon travail dans ce domaine, afin qu'il puisse continuer à vivre et exister à l'issue de la soutenance.
  • Contact

Archives

Sites À Visiter