Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:36

En France et dans le monde, la noyade accidentelle est une importante cause de décès, tout particulièrement en période estivale et l'une des principales causes de mortalité infantile. Elle est habituellement le fait d'activités de loisirs.

dents-de-la-mer-1975-01-g.jpg

Pour l'enfant, le risque est partout, piscine, puits, lac, étang, la mer, baignoire ... quelques petites minutes d'inattention et l'issue peut-être fatale. Le taux de noyade des enfants change considérablement selon la zone géographique, le climat, la culture de l'apprentissage de la natation et bien évidemment l'accès à l'eau. A titre d'exemple, c'est au Bangladesh, pays occupé par de très nombreux deltas dont celui du Gange et sujet aux cyclones, inondations et moussons que le nombre d'enfants perdant la vie par noyade est le plus important, environ 17 000 victimes par an.

En 2009, en France, l'enquête épidémiologique (Surveillance épidémiologique des noyades – Enquête NOYADES 2009, 1er juin-30 septembre 2009 réalisée par l’Institut de veille sanitaire) réalisée sur le thème de la noyade recense entre le 1er Juin et le 30 septembre 2009, 1366 submersions accidentelles qui représentent 83% de l'ensemble des noyades dont 462 ont été suivies d'un décès. Il est constaté une proportion plus importante de victimes hommes. Tous les âges sont concernés, allant de 2 ans ½ à 97 ans, avec une médiane de 36 ans. Néanmoins cette étude montre une incidence plus grande chez les enfants de moins de 12 ans impliqués dans 22% des accidents ainsi que chez l'adultes de plus de 45 ans qui représentent 41% des victimes. 

Cette enquête montre que la mer est le principale danger du baigneur avec 57,2% des accidents, vient ensuite les piscines (privées et publiques) avec 17,5% des victimes, puis les cours d'eau 11,1% et les plans d'eau 10,5%.

 

La survenue de ces accidents est principalement et logiquement estivale (juin à septembre), 90% des noyades constatées en France par an. L'inconscience semble être un des facteurs communs à toutes les victimes. Nous pouvons citer ici quelques causes principales comme la surestimation de ses capacités, la méconnaissance du milieu aquatique et des risques encourus, le défaut de surveillance, sujet ne sachant pas nager ou présumant de ses forces, crampes, chute accidentelle ou plongeon ….. les raisons et les causes ne manquent pas pour faire de l'eau un véritable piège pour les imprudents.

 

Même si l'activité de loisirs prédomine très largement dans les accidents de noyade, il ne faut pas écarter ceux pouvant intervenir dans le milieu du travail comme la pêche ou les sauveteurs en mer. Les causes peuvent avoir également une origine toxique avec l'absorption de produits stupéfiants, médicaments ou alcool, annihilant l'état de vigilance de la victime qui tombe à l'eau et perd connaissance. Mais aussi médicales (hydrocution, malaise cardiaque, allergies …).

 

Plus rare, la noyade peut-être la conséquence d'un accident de la route et la chute du véhicule dans un cours d'eau. Mon expérience personnelle m'a amené à intervenir sur un accident de la route qui a coûté la vie à 5 jeunes gens qui sont morts noyés, bloqués dans leur véhicule retourné sur le toit dans un trou d'eau profond de seulement 1 mètre.

A cela, nous pouvons ajouter les accidents de plongée, ils sont rares et très souvent bénins car c'est un loisir très encadré mais qui reste tout de même une activité à risque.

plonge.jpg

http://www.webchercheurs.com

 

On peut définir la plongée comme suit : La plongée consiste à s'enfoncer dans l'eau dans des profondeurs plus ou moins importantes, sur une période plus ou moins prolongée en immersion totale. On peut pratiquer la plongée de différentes manières :

 

  • La plongée libre : C'est une activité de loisir qui s'effectue en surface de l'eau avec comme matériel, un masque de plongée, un tuba et des palmes ;

  • La plongée en apnée : C'est une plongée qui se pratique en retenant sa respiration sans autre matériel qu'un masque, un tuba et des palmes. Elle se fait généralement en eau peu profonde. C'est une activité de loisir, de découverte du monde marin mais aussi utilisée pour la chasse sous marine.

  • La plongée en scaphandre autonome : Elle se pratique avec une combinaison de plongée isotherme, un masque, des palmes et des bouteilles de plongée qui permettent une immersion totale, autonome et prolongée dans l'eau. C'est une activité qui nécessite un apprentissage enseigné par des professionnels. Elle peut également se pratiquer en spéléologie dans les puits souterrains.

Les dangers de la plongée et les accidents liés à cette pratique sont très spécifiques. Les décès sont généralement des noyades dîtes primaires ou classiques (épuisement, manque d'air, facteurs de risque personnel tels que l'âge, l'obésité, la fatigue, la maladie, le non respect des procédures … ). La mort peut également survenir à la suite de problèmes plus techniques et spécifiques à la plongée tels qu'un barotraumatisme (Un barotraumatisme est un accident touchant les tissus du corps humain. Il est causé par un changement de la pression des gaz dans le sang) grave, l'accident de décompression, l'hyperventilation, embolie gazeuse, dépression thoracique, intoxication provoquée par un dysfonctionnement du matériel …. .

 

La conclusion criminalistique de ces trois billets sur les différentes circonstances de la noyade est que Différencier une submersion forcée, l'immersion d'un cadavre, un acte suicidaire ou accidentel en l'absence de témoins n'est donc pas chose aisée.

Il est primordial de se poser les bonnes questions sans attendre les conclusions des espertises médico-légales qui parfois ne peuvent être qu'hypothétiques. L'enquêteur doit procéder comme un médecin faca à un patient, un diagnostic différentiel sur chaque type de noyade.


Qui, quoi, quand, où, pourquoi et comment ?

La victime est-elle formellement identifiée ?

Que faisait-elle là ? Comment est-elle venue ?

Est-elle dépressive, malade, alcoolique, a t-elle déjà fait l'objet de tentatives de suicide ?

A t-elle laissé un écrit chez elle, dans la voiture ?

Savait-elle nager ?

S'agit-il du lieu de la noyade ?

Existe-t-il des lésions telles que des violences sexuelles ? …....

 

Il doit tenter de trouver des réponses à des questions simples et ainsi éliminer ou conserver certaines causes pour ne privilégier qu'une seule circonstance.

 

 

Mots clés : Noyade ; Accident domestique ; Piscine ; Plongée

 

 

 


Repost 0
18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:48

La noyade est un moyen très utilisé pour mettre fin à ses jours. Elle est après la pendaison la forme de suicide la plus fréquemment réussie.

noyade

Une étude statistique datant d'avril 2001 publiée par le DRESS (direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques) indique que la noyade avec 17% des suicides et tentatives est la troisième cause de décès chez les femmes après la pendaison et l'intoxication aux médicaments alors qu'elle représente moins de 5% chez l'homme. Cette étude montre également que tous les âges sont concernés mais qu'il existe une prédominance pour l'emploi de la noyade chez la femme de + 55 ans, avec 30% des suicides et tentatives.

Il est bien évident que le positionnement géographique à une influence sur la méthode employée et que la noyade est plus fréquente chez les résidents des régions côtières ou fluviales.

 

A la différence des hommes qui ont fréquemment recours à des moyens plus violents et destructeurs comme les armes à feu pour « en finir avec la vie », les femmes préfèrent partir de manière plus douce. L'eau est dans l'esprit de la désespérée une méthode non agressive physiquement, ou pour laquelle on n'a pas besoin de porter la main sur soi. C'est aussi un moyen pour une personne mal dans sa peau qui a le sentiment de ne pas être à sa place dans la société de disparaître totalement du monde des vivants en pensant que personne ne retrouvera son corps.

 

Il est important de prendre garde à la mise en scène qui peut accompagner l'acte suicidaire ainsi que l'association d'autres actes réalisés avant la précipitation dans l'eau. Certaines personnes avant de sauter vont user de stratagèmes pour s'attacher les mains, les pieds à l'aide de cordes, de menottes, d'adhésifs afin de s'assurer de la réussite de leur entreprise destructrice. D'autres vont se jeter d'un pont, d'une falaise, d'un ponton après avoir avalés des médicaments, s'être ouvert les veines ou tirés un projectile dans le thorax ou dans la tête.

 

La noyade étant un mode de suicide assez courant, la découverte d'un corps peut naturellement faire penser à un acte volontaire de mettre fin à sa vie. C'est pourquoi, en dehors de la levée de corps et lorsque la personne est identifiée, la partie enquête est fondamentale pour comprendre les motivations de la victime. Il est important de connaître sa vie, de rechercher une lettre d'adieu dans sa voiture, dans ses vêtements ou dans la maison, d'identifier auprès de sa famille, mais aussi des ses amis et collègues de travail tous les événements ou signes pouvant donner une explication à son geste. Était-elle dépressive ? A t-elle déjà fait l'objet de tentatives de suicide ? A t-elle des problèmes familiaux, d'argent, de travail, de santé ? Les questions ne manquent pas et seuls les actes d'enquêtes pourront y répondre.

 

Le troisième article de cette série abordera les noyades d'origine accidentelle. Je publierai ce billet lundi vers 18 heures.

 

Mots clés : Noyade ; Suicide 

Repost 0
16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 17:52

Du fait de la difficulté médico-légale du diagnostic de la noyade, du séjour plus ou moins prolongé du cadavre dans l'eau, de l'absence éventuelle de témoins oculaires, il convient de traiter ce type d'enquête avec la plus grande prudence et de ne jamais écarter la possibilité d'un homicide par submersion forcée ou l'immersion d'un corps.


L'eau est pour le criminel un élément idéal pour dissimuler des traces de violences et orienter les enquêteurs sur une fausse piste, accident ou suicide, ou tout simplement faire disparaître son forfait en espérant que le corps ne revienne jamais à la surface.


 

La noyade comme technique d'homicide n'est pas chose courante (223 faits recensés par la gendarmerie entre 1986 et 2009). Elle est plutôt rare chez l'adulte car elle nécessite une lutte préalable. L'agresseur devant user de la force pour maintenir les voies aériennes supérieures de la victime dans un liquide et lui annihiler toute forme de résistance. Cette action laissera nécessairement des stigmates dont le cadavre portera les marques.

En revanche, cette mort par submersion forcée est plus fréquente chez le nouveau-né, l'enfant en bas âge, le vieillard ou la personne diminuée physiquement qui ont une plus faible possibilité de défense et qui laisse à l'auteur de plus grandes possibilités de « maquiller » l'acte criminel en suicide ou accident.

Pour écarter définitivement l'homicide des hypothèses de travail, les enquêteurs et médecins légistes doivent rechercher des éléments permettant d'affirmer si la victime a perdu la vie à la suite d'une submersion forcée dans l'eau ou si elle était déjà morte au moment de son immersion.

Malheureusement, la chose n'est pas aussi simple, la putréfaction, les diverses agressions qu'à pu subir le cadavre et aussi la détermination de certains désespérés pour mettre fin à leurs jours peuvent amener de prime abord enquêteurs et médecins légistes à formuler hâtivement des conclusions erronées.

La présence sur le corps de lésions traumatiques n'est pas automatiquement synonyme de violences. Elles peuvent être post-mortem dues au charriage du cadavre, aux animaux marins ou terrestres, aux branches, aux hélices de bateaux, aux cailloux ….

Même dans l'hypothèse ou elles seraient ante-mortem, vitales ou non, de telles lésions peuvent prêter à discussion et ne peuvent exclure définitivement la thèse d'un suicide ou d'un accident.

Un désespéré peut très bien se tirer une balle dans la tête sur le bord d'un cours d'eau ou d'un pont et tomber à l'eau ensuite. De même un corps retrouvé les mains liées ou un parpaing aux pieds n'indique pas nécessairement l'intervention d'un tiers. La victime ayant simplement utilisé un moyen sûr de se donner la mort en s'empêchant toute chance de regagner la rive ou d'annihiler tout instinct de survie.

 

Le milieu aquatique peut aussi servir à dissimuler une submersion forcée dans un autre lieu comme une baignoire ou une piscine et immerger ensuite le corps dans un cours d'eau pour orienter l'enquête vers un accident ou un suicide.

L'absence de marques de violences observables ne veut pas dire non plus qu'il n'y a pas eu crime. Que dire d'une victime poussée par surprise dans l'eau !!!

Des blessures peuvent être présentes sur le corps sans agression humaine et avoir été occasionnées par des pierres ou objets lors d'une chute totalement accidentelle.

 

Tous ces cas d'espèce sont autant de problèmes qui viennent s'ajouter et brouiller l'enquête et le diagnostic médico-légal de la noyade.

 

Je vous donne rendez-vous pour un deuxième article sur les noyades d'origine suicidaire, samedi 18 février vers 18 heures .

 

Mots clés : Noyade ; Crime ; Médico-légale ; Homicide ; Enquête

Repost 0
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 18:23

 

 

Avant d'aborder la compréhension du mécanisme de la noyade, il est important d'identifier les différentes circonstances qui ont amené une victime à périr dans l'eau. Les termes noyade, submersion, immersion sont généralement employés pour désigner un décès en milieu hydrique sans en distinguer l’événement qui est à l'origine de cette mort.

noyade-300x200

Identifier les circonstances dans lesquelles une victime se retrouve plongée dans l'eau, telle est la mission première de tout enquêteur intervenant dès la découverte du corps. Dans de très nombreux cas, les témoignages peuvent apporter rapidement une réponse (mauvais nageur sur la plage, accident de pêche …. ) mais lorsque les témoins font défaut ou que le cadavre est retrouvé après une longue immersion, il devient alors difficile d'établir les circonstances exactes de la présence de la victime dans l'eau.

 

La question essentielle est de découvrir si la noyade a été le résultat d'un crime, d'un suicide ou d'un accident.

La mort est elle suspecte ? A t-on tenté de dissimuler un corps ? S'agit-il d'une chute accidentelle ? La victime savait-elle nager ? Était-elle malade ou dépressive ?  

 

 

Je vais donc vous présenter tous les deux jours, un article sur les trois grandes circonstances de la noyade (CRIMINELLE, SUICIDAIRE et ACCIDENTELLE). Je vous donne donc rendez-vous, demain vers 18 heures 00 pour le premier de ces trois billets, LA NOYADE CRIMINELLE.

 

Mots clés : NOYADE, CRIME, SUICIDE, ACCIDENT

 

Repost 0

Présentation

  • : NOYADE - CRIMINALISTIQUE & PREVENTION
  • : Dans le cadre d'un Master en criminalistique, j'ai rédigé un mémoire sur le thème de la noyade et de son diagnostic médico-légal. Ce petit blog sans prétention et une manière pour moi de vous faire partager mon travail dans ce domaine, afin qu'il puisse continuer à vivre et exister à l'issue de la soutenance.
  • Contact

Archives

Sites À Visiter